Bénédicte Pierre

Maman d'une choupette autiste extraordinaire, papa reste à la maison.

Responsable administrative et coordinatrice d’équipe, Bénédicte Pierre est avant tout, maman d’une choupette autiste extraordinaire. C’est d’ailleurs son intitulé de poste actuel sur Linkedin. Depuis la naissance de leur fille, Bénédicte et Eddy son mari, ont été confrontés à la problématique de reprise du travail avec la difficulté de trouver un mode de garde d’autant plus en considérant le handicap de leur fille.

Son post sur son histoire nous a interpellés comme beaucoup de personnes d’ailleurs :

 

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Voici son histoire.

Pendant 8 mois, nous avons collecté des témoignages de parents, de recruteurs et de professionnels. Ils nous parlent souvent en anonyme de leurs difficultés ou des initiatives positives qu’ils ont mises en place. Ce dossier n’a pas pour vocation de récompenser les bons élèves et de fustiger les mauvais, mais uniquement de donner la parole sur un sujet qui concerne de nombreux Français.

Pendant 8 mois, nous avons collecté des témoignages de parents, de recruteurs et de professionnels. Ils nous parlent souvent en anonyme de leurs difficultés ou des initiatives positives qu’ils ont mises en place. Ce dossier n’a pas pour vocation de récompenser les bons élèves et de fustiger les mauvais, mais uniquement de donner la parole sur un sujet qui concerne de nombreux Français.

Faire garder son enfant,

une véritable galère !

“ Sophia est née en 2014 et se posait déjà la question du mode de garde, bien avant que le handicap ne rentre chez-nous. Mon mari, chauffeur routier, partait travailler la semaine ou la nuit. Deux mois et demi après avoir accouché, j'ai dû reprendre le travail et cela a été compliqué de trouver un mode de garde.”

Secrétaire dans un cabinet comptable à Rennes, Bénédicte opte pour la micro crèche, où sa fille est gardée 4 jours par semaine mais qui l’oblige à reprendre à temps partiel.

“ Presque la veille pour le lendemain j’ai dû annoncer à mon employeur que je ne reprenais qu’à temps partiel, car j’ai mis du temps à trouver ce mode de garde. La micro crèche nous coûtait extrêmement cher car on faisait partie de la classe moyenne. Je payais donc autant de crèche que je n’avais de salaire. Je ne voyais donc pas mon mari ni ma fille et en plus je ne profitais pas de l’argent que je gagnais.”

Bénédicte prend la décision de demander une rupture conventionnelle et se met en tête de chercher d’abord un mode de garde plus adapté pour ensuite trouver un nouveau travail.

“ On a trouvé une nourrice agrée, une semaine complète avec journée complète, on a donc pu travailler tous les deux sans problèmes. ”

 

Après un an à ce rythme,  Bénédicte et son mari commencent à déceler des petites choses dans le comportement de leur fille “ A ses 18 mois, on voyait des choses qui changeaient dans son comportement mais on ne s’est pas alarmé plus que ça. ”

A ses 18 mois, on leur propose une place en crèche municipale, juste avant son entrée à l’école, Sophia fait une année dans cette crèche mais c’est à ce moment que ses troubles du comportement s’accentuent.

“Avec la collectivité, elle a plus de problèmes d’adaptation. On commence alors des séances avec un pédopsychiatre mais sans jamais citer le nom de l'autisme. On nous disait que notre fille avait des troubles du comportement inadaptés.”

Mais avec la rentrée à l’école, le couple s’aperçoit que c’est compliqué pour leur fille de faire des journées complètes. Bénédicte choisit de la récupérer le midi puisqu’à ce moment-là elle ne travaille pas. C’est en janvier que le diagnostic tombe. “On a eu le diagnostique de l’autisme et on comprend donc que l’école était compliquée pour elle. On se demandait que faire. J’ai eu au même moment une proposition de CDI et mon mari une maladie qui s’est déclenchée. Mon mari a donc décidé de se soigner et de s’occuper de notre fille. 

" Une femme à la maison,

on ne lui dit rien ! "

En janvier 2018, le mari de Bénédicte arrête de travailler pour s’occuper de sa fille.  Mais pour l’entourage c’est étonnant de voir un homme à la maison.

“Pour eux ce n’est pas logique, c’est toujours la femme qui doit rester à la maison. En plus lui est martiniquais, donc pour sa famille c’est vraiment à la femme de rester à la maison. Ma fille a un handicap invisible, l’autisme, mais mon mari a aussi une maladie invisible, une polyarthrite destructrice, donc les gens n’ont pas conscience qu’il souffre beaucoup et qu’il doit en plus s’occuper de notre enfant. Il a tout le temps des petites réflexions qui, même si elles partent d’une bonne intention, mises bout à bout sont pesantes. Une femme à la maison, elle on ne lui dit rien ! Elle peut peut-être s’ennuyer un peu, mais elle, elle peut faire le ménage…”

“Le handicap de ma fille, j’en ai toujours parlé à mes employeurs “

“J’en ai toujours parlé du handicap de ma fille et je l’ai toujours dit. J’ai toujours trouvé des employeurs compréhensifs et notamment là où je suis, même si j’avais peur de lui en parler. Il m’a simplement demandé si c’était un problème pour moi, je lui ai dit “ non “ et il m’a répondu “et bien pour moi non plus”. Si je n'avais pas eu un employeur compréhensif et tolérant, ça n’aurait pas fonctionné car il m’arrive d’avoir des absences, même si je m’arrange toujours pour rattraper mes heures. Mais c’est plus facile avec quelqu’un de compréhensif. “

Depuis, leur fille est à l’école, dans une classe ordinaire. Mais à la rentrée 2022 elle changera d’école pour intégrer une classe Ulysse U22A, créée spécialement pour les enfants autistes. 4 adultes pour 6 enfants, c’est un soulagement pour la famille. En classe ordinaire, Sophia a eu 7 AVS différents en 5 ans alors qu’une enfant autiste a besoin de repères fixes et d’habitudes.

“Même si on est dans une école formidable, quand l’AVS n’est pas là c’est compliqué. Malgré toute la bonne volonté de l’enseignant, une classe adaptée pour elle ça aura un côté très rassurant et on pourra la laisser le matin sans boule au ventre.”

Le confort pour cette famille est bien d’avoir le papa à la maison. “Quand notre fille se réveille le matin, suivant son humeur, on sait que la journée va être compliquée. On ne va pas prendre  le risque de la mettre à l’école si c’est tendu de chez tendu. Et cela on peut le faire, car Eddy mon mari, est à la maison !

Ce qui est primordial pour Bénédicte, c’est que les enfants puissent bénéficier de classes adaptées et non des établissements.

“ Un enfant va s’épanouir auprès d’enseignants et accompagnants formés au handicap. Il faut faire quelque chose à ce niveau là, car je vois, ma fille a perdu du temps à cause de cela. Avec des gens formés, on gagnerait beaucoup en confort pour les enfants et les parents.”

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